• 394 – Les animaux souffrent-ils? et ont-ils des droits?

    394 – Les animaux souffrent-ils et ont-ils des droits ?

     

    Les animaux souffrent-ils et ont-ils des droits ? Certes, il est bien malvenu d’évoquer ce sujet au moment des fêtes où le foie gras des canards gavés à l’entonnoir, le chapon violemment castré, l’agneau égorgé et l’huître tuée au citron viendront garnir nos tables enrichies. Ou encore les tables appauvries seulement garnie d’un hamburger à la viande d’un boeuf haché menu à l’abattoir. Je ne voudrais donc pas gâcher la fête ni même souhaiter une pensée émue et recueillie pour ces pauvres animaux au moment de la délectation mais cette retenue n’empêche pas une réflexion.

    Les animaux souffrent-ils ? Oui, si on entend par souffrance juste « avoir mal ». Tout être vivant doté d’un système nerveux peut ressentir une douleur s’il est agressé. Mais on distinguera pour la clarté de la réflexion « douleur et souffrance ». La souffrance est une manière psychique de vivre la douleur, c’est avoir conscience de la douleur. D’abord, elle a une connotation désagréable, pénible. Ensuite, elle s’accompagne de processus mentaux qui donnent du sens à la perception douloureuse. C’est là que l’individu qui a reçu un coup sur la tête va avoir des réactions comportementales adaptées comme les processus d’attention, d’anticipation et de diversion et aussi d’interprétation du choc reçu.

    Cette distinction va nous porter nécessairement vers la question de savoir si le ver de terre par exemple a une telle conscience. Le débat risque de devenir houleux et si on veut bien refuser la conscience à l’ombilic, on montrera et démontrera – à juste titre d’ailleurs – que bon nombre d’animaux placés en haut de l’échelle ont quelque chose comme une conscience à un point tel qu’il ne leur « manque plus que la parole. »

    Conscience ou pas conscience, on peut estimer qu’il suffit qu’ils soient sensibles pour dire qu’ils souffrent. Mais de là peut-on dire qu’ils ont des droits ? Notamment celui de ne pas être maltraités et que si on conduit des moutons à l’abattoir on fera sorte de ne pas les faire souffrir. Une chose est de souffrir, une autre est de faire souffrir. Il y a là un impératif moral qu’on ne peut dépasser. Par conséquent, si les animaux n’ont pas de droits qui impliqueraient des devoirs, ce sont les hommes qui ont des devoirs envers eux.

    Mais l’affaire n’est pas réglée pour autant car une nouvelle question se pose : qu’est-ce qui autorise l’homme à exploiter l’animal ? Parce qu’il appartient à une espèce supérieure et que c’est grâce à lui que l’animal survit et se reproduit. En effet, s’il n’y avait pas de salons de toilette pour chiens et chats et de Royal canin que deviendraient-ils ? Il y a donc un contrat tacite entre l’homme et l’animal : je m’occupe de toi et en échange tu me donnes ta viande ou tu me tiens compagnie. Sauf que dans un contrat, il y a consentement des deux parties. Ce qui n’est pas gagné !

    On peut aussi soutenir que l’homme est une espèce comme une autre et qu’il n’a aucunement à se prévaloir d’une quelconque supériorité. Par conséquent, ne pouvant obtenir l’accord des animaux à ce qu’on utilise leur chair ou à nous tenir compagnie, il va falloir qu’il s’en passe. Comme il aura à se passer de chaussures, de sacs en cuir et autres fourrures.

    La thèse selon laquelle l’homme est supérieur à l’animal mérite, par analogie, d’être assimilée au racisme et au sexisme. En l’occurence, c’est du spécisme. A l’inverse à la thèse égalitaire dite antispéciste, on lui fera dire qu’elle ne fait pas de différence entre conduire des animaux à l’abattoir ou des hommes à Auschwitz !

    Devant cet embrouillamini, j’allais vous suggérer de réveillonner aux poireaux-pommes-de-terre mais on me retorque que j’ignore tout du cri désespéré de la pomme de terre qu’on épluche puis ébouillante. Mais Malebranche, le vieux philosophe, disait à propos de son chien qu’il venait de frapper que « ça crie, mais ça ne sent pas ». Ainsi va le monde et Joyeux Noël !

    Didier Martz, 20 Décembre 2017

    Essayiste

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